Mercredi 11 mars 2009, il est 12h15 quand une avalanche se produit au dessus du
télésiège des inversins. L'alerte est donnée par l'un des miraculés parvenu jusqu'à Valmeinier. A 12h50 j'apprends la nouvelle à peu près en même temps que toute la station. Au départ j'ai cru
que la coulée avait dévalé jusqu'aux pistes. En réalité c'était 300m de dénivelé plus haut, en direction du col des marches. On raconte qu'ils sont 7 bloqués dessous.
Très vite c'est l'ébullition, les hélicoptères tournent tout autour de la station, moniteurs, pisteurs et personnel des rémontés sont appelés pour préter main forte. Les camions de
pompier et véhicules de gendarmerie n'arrêtent pas d'affluer. Finalement c'est une caravane humaine qui part à leur rescousse, l'endroit étant inaccessible par hélicoptère, les nuages sont épais.
A 16h15, les secours arrivent enfin sur place pour tenter de les retrouver, les randonneurs étant tous équipés d'ARVA c'est chose possible. Mais malgré leurs efforts, quatre
personnes sont mortes dont le guide.
Evidemment, la stupeur et l'incompréhension demeurent à ce moment-là. Qui sont ces gens qui prennent le risque de partir dans cet endroit bien connu pour son danger, où déjà d'autres y
ont laissé la vie comme pour avertir les imprudents suivants? Les conditions ne s'y prétaient pas ; risque d'avalanche de 4 sur une échelle qui va jusqu'à 5 dû aux récentes chûtes de
neige (entre 50 et 100cm à cette altitude), une amplitude de température importante en cohérence avec la saison et une météo qui laissait peu de visibilité. Qui plus est, ce sont des élèves,
certes en ski étude, expérimentés sans doute dans ce genre d'exercice mais des adolescents tout de même. Mais oublions les suppositions maladroites, laissons les enquêteurs faire la lumière
sur les circonstances et les familles pleurer leurs disparus.
L'histoire pourrait s'arrêter là et je l'aurais souhaité de tout coeur. Mais connaissant l'engoument des médias pour le sensationnel et les affaires où la peur peut être exacerbée à dessein, j'en
doutais. J'appelle ma famille en amont pour éviter de les inquièter. En soirée, tout s'emballe, ce sont des convois de gendarmes qui font le tri avant d'entrer dans le village. "Où est-ce que
vous allez? - Valmeinier 1500 - Très bien, vous pouvez passer". Quand j'allume la télévision, je comprends ce qui se passe. Valmeinier à la une dans toutes les éditions, en boucle, même à
l'étranger parait-il. On émeut les chaumières sans réels éléments si ce n'est la dangerosité de la montagne, le péril du groupe et l'incompréhension d'un tel périple.
Qu'est-ce qu'il faut retenir, quelle réelle information? La montagne prend aussi ceux qui la respectent et l'aiment, inlassablement, chaque année. Les gens qui vivent ici depuis longtemps le
savent bien et nous le disent à nous autres, béotiens, nous avertissent. Alors on analyse, on tente de comprendre celle qui nous anime, nous procure ces plaisirs de liberté. On abandonne parfois
lorsque le danger demeure trop important. Les personnes qui se rendent au col des marches ou à roche noire, tout près, n'appartiennent pas au commun des mortels. Ce sont des chevronnés alors il
semble inutile d'alarmer les foules sur la montagne en général. Ici nous parlons bien de haute montagne.
Aujourd'hui, hommage aux victimes, les grands de notre monde viennent se montrer parmi les voyeurs, rapaces et malheureuses familles qui aspirent probablement à la tranquillité dans leur deuil.
Une caméra de télévision n'a pas sa place devant une chapelle, sachez-le. Nous n'en savons pas plus mais tous ces signaux de fumée permettent au moins de ne pas s'intéresser au reste.
Je doute que l'on puisse jamais résoudre ce qui demeure peut-être simplement un accident, aussi malheureux soit-il. Alors simplement, j'aimerais exprimer mon respect aux victimes et à leur
entourage, bien à eux.