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Tu nécessites des soins.

Mardi 14 octobre 2008

Dernière journée de travail dans les vignes, fin des vendanges d'une année globalement mauvaise pour le produit mais bonne pour le moral. La micro-société de vendangeurs, porteurs, patrons s'éteint comme l'activité. Il y avait ceux qui sont restés jusqu'au bout, ceux qui étaient déjà là, ceux qui n'étaient que de passage, ceux qui sont venus essentiellement pour s'inviter à la Revol* (*repas de fin de vendanges et beuverie s'il en est) et les derniers, qui eux restent, employés à l'année, patrons et descendance. Comme je l'ai appris à mes dépends, les connaissances et l'existence d'une telle entité n'est qu'éphémère et rien n'y fera. Malgré la prise de contact, parfois sa conservation, le temps peut-être trop court empêche la construction d'un quelconque renouvellement d'une vie sociale commune. J'ai ainsi connu des centaines de personnes dans ces mêmes conditions et je n'en garde que des bons souvenirs mais, hélas, très peu n'occupent encore aujourd'hui ma vie. Il est parfois nécessaire d'observer une dernière fois le groupe pour comprendre que probablement jamais nous nous reverrons parce que nous n'existons qu'à travers ce qui nous rassemble.

Finalement dans cette expérience, ce travail, ce passage je suis musicalement et psychologiquement passé de "Message in a bottle" de Police à "The end" des Doors. Jamais je n'oublierai.

Par Bado - Publié dans : crainte fécale
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Dimanche 12 octobre 2008

Auto-moto le dimanche matin sur TF1 c'est ce que j'appelle un réveil tonique. Salon de l'auto à Paris oblige, des million d'imbéciles heureux qui s'extasient à en jouir devant toutes ces voitures qu'ils ne pourront pas s'offrir pour la plupart. Mais il faut avouer que s'asseoir sur du cuir, tripoter un volant en daim, baver devant 500 chevaux c'est cossu et ça occupe un dimanche. On oublie la crise, le prix de l'essence, les radars automatiques. On nous montre aussi les costumes-cravatés, ceux qui travaillent dur pour nous vendre du rêve et qui parlent un Français approximatif quand le micro leur est tendu. Un mot qui m'écoeure revient un peu trop souvent "client". On apprend aussi que les femmes sont aussi concernées que leur époux par l'achat, qu'elles s'intéressent au "look", aux performances, au côté pratique. On revalorise un peu ce complexe d'infériorité alors qu'il est évident qu'une beauf est bien l'égal d'un beauf. Le sexe n'a rien à voir là-dedans. Après ça j'ai enchainé avec téléfoot et je suis devenu l'espace d'une heure et demi le Français moyen qui lègue son temps de cerveau disponible à la télévision et qui se complait dans cette espèce de sénescence infecte. C'était en quelque sorte une riche expérience. J'ai pu tranquillement repenser à ce que j'ai compris hier soir lors du festin, que j'ai conceptualisé. Il y a deux grandes catégories de personnes en soirée et sur cette terre en généralisant un peu : ceux qui rechignent à se faire servir un verre et ceux qui n'attendent que ça. La première catégorie bien que moins potentiellement ivre est plus effrayante que l'autre parce qu'elle se prive. Que ce soit par goût ou par peur des conséquences, ils me font peur, c'est indéniable.

Par Bado - Publié dans : crainte misanthropique
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Lundi 6 octobre 2008

Je sais que dans chaque résumé, la nécessité de synthétiser vient occulter certains passages inappropriés ou s'inscrivant mal dans l'ensemble, car peut-être redondants ou simplement inutiles. Il en va de même pour ce texte que je commence à écrire pour qui l'intérêt me semble complétement absent, voir déviant. Dois-je me convaincre qu'un passage de ma vie n'apporte rien à celle-ci? J'aurai en tous les cas du mal à m'en défaire. Ainsi dissout dans mon existence, il n'en restera rien parce que plus personne ne pourra s'en souvenir, pas même moi. Toute histoire est ainsi faite, vouée à l'oubli. Pour autant je ne parle pas de postérité, je la laisse aux égocentriques notoires. Mon ivresse est ailleurs.

En réalité ce que je ressens s'apparente à un parfait sentiment d'impuissance dans la répétition. Et cette dernière m'est maladive. Je constate qu'il est particulièrement difficile de se distinguer de la masse qui nous aspire dans son ennui uniforme. Alors je m'en veux d'être pareil à ce que j'appelle la tristesse. Les besoins, tout du moins, ceux qu'on nous invente, nous enferment et nous tuent parce qu'ils nous ne font pas homme. C'est la procuration de l'apparence, non ce que nous sommes mais ce que nous pourrions être en ayant ceci et cela. Alors je ne suis personne, ni comme eux, ni moi-même mais je possède pas mal de choses, rien d'essentielles mais qui m'attachent avec les autres et parfois à eux. Alors le drame dans tout ça, c'est qu'il n'est pas question de solution ni même d'adaptation, pas vraiment de rejet. Je n'ai aucune proposition. Et je ne vis ni dans un état transitoire ni dans l'immobilité. Je ne sais pas où se trouve ma place. Les années défilent, les destins aussi et moi j'erre. J'ai essayé la fuite en avant, en arrière, la drogue, les études, le travail, la violence, l'autodestruction, l'angoisse, les larmes... dans le désordre ou tous à la fois sans que rien n'y fasse. Je suis seul malgré bien des apparences, alors reste une certitude s'il en existe.

Par Bado - Publié dans : crainte fécale
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Vendredi 26 septembre 2008
Après une semaine de vendanges, enfin quatre jours (mais 32h encore que 36h de présence voir plus en fonction des déplacements) ; mon lundi fortement démobilisé pour des "raisons personnelles" - c'est là toute ma scolarité buissonnière qui resurgit - j'entrevois un peu mieux les bons côtés du travail, saisonnier, c'est capital. J'ai mal au dos, les vertèbres lombaires probablement, les muscles autour aussi, les genoux un peu meurtris, l'exacerbation de mon allergie à l'ambroisie (nectar des Dieux fût un temps. J'ai dû quitter l'Olympe), les doigts entaillés, parfois piqués par des abeilles, sales, pareils à ceux d'un travailleur. Mais l'avantage reste dans cette formidable convivialité saisonnière. Si bien qu'elle rappelle volontier la galère, tous enchaînés au bout d'une rame, ici une vendangette et un pied de vigne, avançant inéluctablement, morceau par morceau sans jamais en voir la fin, guidés par les nobles et respectables paroles du chef, le guide en quelque sorte. C'est celui qui nous amène au bout sans jamais qu'on puisse le percevoir. L'autre raison qu'invoquerait le vendangeur dans son sacerdoce, c'est qu'il constitue l'un des derniers lieux où le ravitaillement au vin reste encouragé, voir plebiscité par l'employeur. Parfois même des joints circulent entre les rangs pendant que certains ferment les yeux, dans les côteaux que l'on gravit puis descend à son tour. Reste la cocaïne, rare mais ici présente qui je l'imagine accentue les performances du cueilleur. Il était 12h30, j'ai refusé de me "taper la C". Milieu des surcitaires, aventuriers égarés, jeunes en perdition, la vigne accueille ses semblables. Finalement, je l'en remercie.
Par Bado - Publié dans : crainte sociétale
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Mercredi 17 septembre 2008

Hier pendant que j'exerçais avec précision mon métier "alimentaire", je fus dérangé par mon cerveau que je croyais parti. Je mettais mes bouteilles sur la chaine, quatre par quatre sans jamais en voir la fin et tout à coup j'ai songé que ça faisait tout juste trois ans que j'étais entré avec  fracas (pas de perte, si ce n'est la dignité) dans le monde du travail* (*nom d'usage pour euphémiser l'exploitation humaine dans le but de créer de la consommation faussement vitale mais surtout inégalitaire). Le plus dramatique dans tout ça - ce que les gens appellent "l'ironie du sort" -  c'est que les taches sont répétitives mais les "métiers" aussi. Trois ans que je constate, trois ans que j'alterne les missions inintéressantes mais à l'ANPE, on évoque l'alimentaire quand on suscite l'inintérêt, trois ans donc que je me nourris en compagnie de ceux qui feront peut-être ça toute leur vie. Je suis suffisament fort pour m'extraire du contexte, prendre chaque situation avec humour mais je suis réellement triste du monde dans lequel je vis, du système en général qui consiste à travailler ou faire travailler les autres en fonction du milieu dans lequel on naît, on vit et qu'on reproduit inlassablement. En fait, ce sont toujours les mêmes schémas, l'ascension sociale en moins, la régression en plus, au mieux l'équilibre et au pire, la chûte, ensemble. Chaque jour, je vis un peu plus et un peu moins, parce que dans ces petites entreprises, j'observe le monde et ses acteurs réduits au plus simple, ces visages fermés, resserrés par cette idée d'aller gagner leurs sous, qui ont oublié l'essentiel, qui n'ont plus la force de prendre le recul, trop occupés à nourir leurs descendances pour qu'elles fassent pareil, ouvrier ou cadre, avec des perspectives réduites mais la sensation d'avoir réussi et de transmettre ça. Alors jamais je n'oublierai ces gens, quoiqu'il advienne de moi, que je sois très pauvre ou très riche, j'aurai une pensée pour toute cette tristesse. Je n'appelle pas ça l'ironie du sort parce que malheureusement je n'espérais rien, je savais à quoi m'attendre, disons que c'est un sourire sur le contraste entre le possible et l'idéal.

N.B : Je remercie tout particulièrement ma conseillère ANPE qui m'a rappelé la (ou la sienne) réalité, son impuissance et mon incompétence. Il paraît qu'au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Et c'est vraiment sans prétention (pour une fois).

Par Bado - Publié dans : crainte sociétale
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Dimanche 14 septembre 2008

Le dimanche matin, ce qui m'extirpe du lit c'est l'envie de vomir. Je dépose ma gerbe autour des fleurs, c'est le côté orgasmique. Plus rien n'est pareil -le pareil au même- qu'avant. Il n'est pas raisonnable de penser qu'un état comme celui dans lequel j'ai pu m'enfermer la veille demeure impuni ou impayé. La dette ou la fessée plus vicieuse qu'elle en a l'air ne s'exprime pas uniquement par des remous gastriques. Toute perception est floue, tous les sens altérés, l'esprit semble libéré de l'emprise du réel. Tout se confond dans un état léthargique, dans une douce anesthésie, l'effet sédatif en quelque sorte de la prise du produit. Les sensations sont étranges et impalpables au final, éphémères jusqu'à la prochaine fois. On recherche toujours à renouveler au mieux les moments premiers, sans jamais s'en rappeler précisément. Simplement on se précipite dans l'annéantissement du milieu et de l'état, normal au sens strict qui nous emprisonne. A présent, on inverse les liens, inlassablement et ainsi de suite pour s'échapper et se perdre puis sombrer. Tout le temps boire et sans raison.

Par Bado - Publié dans : crainte masturbatoire
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Jeudi 11 septembre 2008
J'aimerais que ma vie narrable ait un peu plus d'entrain, ne ressemble à rien de banal et non à rien tout court. Mais c'est ainsi et l'échange n'est plus possible. Ainsi, c'est aujourd'hui qu'a commencé ma rentrée de travail. Originale commémoration du 11 septembre quoiqu'un peu dramatique. Il court la rumeur que les vendanges sont un moment particulier, emplies de sympathie, de camaraderie, de partage. Alors, jeunesse éreintée, je m'adresse à toi en ces mots :
"Renonce et retourne donc à ta pré-rentrée universitaire, tu pourras avec un peu de chance faire du dessin et surfer sur Internet, chose que tu ne feras pas en ces lieux car tu ne feras rien d'autre que travailler. Mes mots sont durs mais c'est pour ton bien."
En ce qui concerne ma maigre expérience de cette journée, que j'ai partagée avec ma copine, dans la même galère - Nous sommes ces rares couples qui préfèrent se retrouver au travail plutôt que chez nous. L'envers nous correspond peut-être, quelque part- je n'ai rien vécu de particulièrement entrainant. Cela provient surement du fait que nos deux camarades (merci au stalinisme) sont Portugais et que la barrière du langage (mais pas uniquement, l'échelle sociale en politiquement correct pour n'en citer qu'une) nous éloigne de toute forme de communication. Alors nous tranchons, plus exactement nous effeuillons, à l'aide de nos mains et de nos dos, nous arrachons des feuilles de vigne à longueur de temps, parfois quelques grappes de raisins mais personne n'en saura rien. Car nous sommes seuls et démunis face au reste du monde, enterrés là à attendre que chaque minute perdue de notre vie se termine. J'aime ces travaux qui m'apprennent à être un peu plus aigris dans la vie, de mauvaise foi, méprisants, qui nourissent ma rage. Alors merci, sincèrement. J'ai hate d'être aux vendanges pour vous conter la suite.
Par Bado - Publié dans : crainte révoltée
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Jeudi 11 septembre 2008

Parce que le silence mène à l'indifférence. Mais il n'est pas le seul.

Un petit retour sur mes vacances, sur nos vacances, tous les deux. Pour résumer à outrance, ça donne en quelque sorte un peu ça : planter la tente, écraser une sieste sur le sable chaud, prendre la vague ou inversement - souvent l'inverse-, dormir, essuyer une averse, pédaler à vélo, se balader dans un parc fleuri, essuyer une averse, boire quelques verres, cotoyer la jeunesse huppée bordelaise, boire du vin, attendre la vague, boire encore quelques verres, s'énerver contre des cons qui braillent, baiser, manger des moules, se regarder dans les yeux, se baigner, prendre des rafales de sable dans la gueule, démonter la tente, partir, rentrer, rentrer dans le moule. Voilà, j'ai aussi pris deux photos.

Par Bado - Publié dans : crainte globe trottée
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Mercredi 27 août 2008

Ou quoi branler de sa putain de vie? Mais c'est d'une vulgarité éhontée qui ne me ressemble pas dans la sobriété. Ces derniers jours, j'ai passé le plus clair de mon temps à organiser tant bien que mal la suite des événements, me concernant. Le plus dur c'est bien sûr de lutter contre la procrastination qui peu à peu s'installe entre les courriers, les coups de téléphone, les e-mails. Puis il faut honorer les rendez-vous pris. Prendre ou se faire prendre, telle est la question. J'ai commencé assez fort avec la mission locale* (*ANPE complémentaire pour les 18-25. Là-bas c'est la loi du stage). Je me suis vu engréné tout au long de l'entretien dans le cercle vicieux des formations. Pour autant, je m'en doutais. Dès qu'une petite idée se détache du flou professionnel (non artistique, point d'honneur), la voie de la formation professionnalisante remplace celle des boites d'intérim. "Si vous voulez, on les appelle ensemble?". J'hurlais intérieurement mais personne n'a entendu. Je vais juste prendre le temps de me renseigner au préalable. Habituellement, je fuis l'engagement. Et comme c'est pour moi une situation très habituelle, je compte réfléchir. Pas plus d'un ou deux ans, je me le promets. D'ailleurs je me rendrai à la direction départementale jeunesse et sport du Rhône dès demain. Et c'est aussi grace à leur site Internet au demeurant très redondant mais très bref voir voir absent sur l'essentiel (les descriptions des formations, la communication sur des brochures ou que sais-je encore). Je vais donc privilégier le contact humain et non le moindre ; celui de la fonction publique. Reste à savoir à quelle place je l'insère dans ma journée (avant le coiffeur probablement, mais peut-être après la librairie. S'instruire pour moins mourir, c'est mon idée) pour ne pas trop le négliger et compte tenu des horaires peu élastiques, si j'ose dire. [Note pour plus tard, annuler mon rendez-vous de demain pour les démarches et contacts professionnels à la mission locale.] Finalement après ça la vie semble plus douce. Les réclammations pour la SNCF ou Orange se fondent facilement dans le quotidien. Mention tout de même spéciale pour Orange et son répondeur automatique. Je me moque éperdument que vous soyez en rupture de stock du nouvel I-phone, je voulais simplement ma facture détaillée. D'ailleurs je l'attends toujours, comme mon relevé bancaire, mon bulletin de salaire, mon extrait de naissance (car passeport oblige dans ce monde de frontières)... Par contre j'ai bien reçu mon avis d'imposition. Le côté sélectif et relatif de la priorité. La Poste décide presque directement de l'avancée, tour par tour, de mon programme d'entrainement à la vie active. J'ai aussi décidé de passer mon PSC1** (**AFPS d'après 2007. Je ne connais pas le sigle et j'avais déjà mis longtemps pour retenir l'ancien). Il paraît que tout est plus facile avec, bien souvent demandé dans les concours, reconnu en milieu professionnel, apprécié dans la vie de tous les jours (si tant est qu'on se souvienne de l'application des exercices en situation réelle et surtout qu'on (dé)daigne bien porter secours à autrui...), il trônera désormais fièrement sur mon CV juste après le BAC et le BAFA et suscitera l'interrogation suivante que je vous donne en mille : "PSC1, c'est comme l'AFPS, c'est bien ça?" Mais qu'importe tout ça, je laisse s'avancer l'étendue du possible jusqu'à moi pour m'en saisir un peu chaque jour comme maintenant ou demain et quand bien même si cette métaphore pue la médiocrité. Je n'ai toujours pas d'excuse et la maladie mentale progresse.

N.B : Les illustrations apparaissent bien souvent à postériori par flemme, désengagement et incapacité de prendre de bonnes photos (cotisez-vous si vous le souhaitez). Mais oui je reconnais que ça permet de couper un peu plus franchement dans le texte, assez lourd et illisible pour quiconque oserait aller jusqu'au bout.

Par Bado - Publié dans : crainte misanthropique
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Mercredi 20 août 2008
"4 - 19 août 2008" : c'est la représentation sur le papier des dates extrèmes du séjour que je m'apprêtais à encadrer. Quinze adolescents, deux animateurs et une directrice chiffrent la dix-huitaine d'acteurs du voyage. Pour l'instant, rien de bien palpitant dans le dossier mais l'important c'est évidemment ce qu'on en fait. La direction départementale jeunesse et sport (DDJS pour les intimes) demande un itinéraire plusieurs mois avant le départ. La décisions des jeunes (alors absents, sans blagues?) que nous défendons et qui n'a pu faire valloir et faire profiter ses idées se trouve alors quelque peu baffouée. Alors on estime, on projette, sans réelle conviction, c'est le politiquement rigide qui veut ça. Evidemment la réalité est toute autre. L'imprévisible dont on prétend plus ou moins légitimement maîtriser, prend part à l'aventure et c'est justement l'intérêt. On part fort de certitudes et d'envies et même préparés, tout fout le camp. Huit bagages seront perdus à Glasgow .La faute à l'escale d'Amsterdam nous dira-t-on, pareille au retour au passage Cette escale, à priori logique et d'ailleurs obligatoire compliquerait le travail des balanceurs* (*bagagistes) et paraît apparemment normale. Enfin normale dans le langage d'un aéroport. Pour un être humain, c'est pénible et insupportable. Et finalement la perte d'un bagage permet de relativiser sur le reste. L'angoisse dans toute sa splendeur matérielle prend le dessus sur le reste et immobilise toute autre forme de pensée. Pratiquement tous les bagages réappaitrons dès le lendemain (au pire le surlendemain), mais en l'occurence le mien n'arrivera que cinq jours après qui se tranformereront vite en dix ne pouvant pas les récupérer immédiatement (pas d'adresse fixe, campement très éloigné). J'adresse pour l'occasion un grand merci à "Glasgow airport" et sa remarquable injoignabilité et à cette barrière de la langue qui m'a certainement contraint à ne rien dire d'intelligiblement  insultant. Tout commençait bien, c'est ce que vous voudrez bien comprendre. Et pourtant l'Ecosse a son charme, dans son opposition entre lowlands et highlands (notamment, je ne suis ni géographe ni sociologue). Glasgow occupa notre temps les deux premiers jours. Cette ville est constamment en opposition avec quelques éléments anciens d'époque médiévale par exemple et nouvelle ville à travers la reconversion indutrielle et une sorte de néo-modernisme ambiant qui donne lieu à des prix d'architecture. Hélas, il pleuvait ces deux jours-là. Comme un peu tous les autres. Sans caricaturer, en Ecosse il semblait pleuvoir au moins (qu'est-ce qu'au plus?) tous les jours. Comme si le sort s'en mêlait et réclamait au moins quelques gouttes journalières. On s'y fait, je dois dire. Comme on se fait à la conduite à gauche, aux miles/yards/feet/oz qui nous absorbent. Cependant, on se fait moins aux caméras omniprésentes et à l'état policier en général mais ce sont les aléas de la destination et bien sûr nous n'avons pas le choix et n'y pouvons rien. Nos autres destinations furent les suivantes ; Fort william et le Ben Nevis, plus haut sommet d'Ecosse avec ses paysages incomparables et hélas aussi fief touristique ; merci au passage pour le contrôle policier sur l'A82. Oui merci, ma voiture fonctionnait, avant que je ne ruine mon rétroviseur droit le soir même contre celui d'un camping -car allemand. Aléas matériels irréparables. Au royaume uni la réparation des voitures est à mettre en parallèle avec le soin des personnes, c'est à dire quelque peu inexistant. Les gros garages ne réparent jamais les renault trafic et les maisons médicales refoulent quiconque n'est pas admissible pour les "dispatcher" dans les hopitaux ou autres épiceries fines (pharmacy, in english) pour y faire nos affaires. Au pire on achétera un appareil photo jetable si l'on ne trouve pas notre bonheur. Ensuite, sans transition, ce fut l'île de Skye dans le nord ouest qui marqua réellement le voyage, des paysages splendides voir inoubliables, une nature inébranlée si ce n'est cette route qui contourne l'endroit. Une escale pleine d'escapades et randonnées potentielles. Après cela, Inverness rythmé par un festival dénommé "highland games" et heureusement, la ville suscitée et impulsée plusieurs mois auparavant s'est avérée être plus une étape qu'une réelle destination. Enfin nous terminions par Edimbourg, capitale et accueil du festival estival qui comprend, musique, théâtre (aussi de rue), opéra, cirque, autres et bien sûr arnaques par milliers. Edimbourg n'est pas seulement une capitale, c'est un musée médiéval tant les monuments sont nombreux et intéressants. Je pense que j'aurais pu passer plusieurs jours juste en gardant la tête en l'air pour admirer le spectacle. Au lieu de ça, j'ai acheté un faux kilt dans une boutique pakistanaise, comme quoi. Alors forcément je garde des bons souvenirs. Pourtant, je n'ai presque pas parlé de mes compagnons, qui furent pourtant extrèmement intéressants et pour qui je garderai une trace intarissable, sincèrement. C'est assez rare pour le mentionner. J'ai adoré ce groupe. Spécialement aux êtres hantés par Saint-Valéry sur Somme. Non L'Ecosse n'est pas une transposition de cette dernière! Quinze jours sont passés avec son lot  d'évènements, culturels et surtout relationnels (et aussi touristiques dans le mauvais sens du terme. L'éponge a été bien essorée. L'Ecosse le voulant et les exemples sont nombreux pour les curieux du voyage..) et j'en sors je l'estime grandi. Me voilà dès lors revenu dans une réalité plus ou moins stable. En fait aucunement, je transite voilà tout. Je suis comme ces égarés dans les gares ou les aéroports, le sac plein mais pas autant que le coeur, qui ne perdent jamais espoir d'aller où le vent les souffle, où l'envie les mène. L'avenir me verra partir encore, plutôt deux fois qu'une.
Par Bado - Publié dans : crainte globe trottée
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