La vie, comme l'écriture, ça fonctionne probablement par déclics... Mais c'est aussi en narrant des évidences que l'essentiel demeure. J'avance bien peu...
Bon, ce que je voulais vraiment dire c'est que dimanche dernier sont mortes simultanément deux personnes. En fait, bien plus mais l'histoire immédiate en retint surtout une. Et que penser d'un monde qui s'attarde plus sur le suicide d'Astrid Herrenschmidt que sur la disparition d'André Green? Toute compassion gardée. Bien sûr, c'est triste mais je relève surtout que le sensationnel, à déviance glauque, a tendance à l'emporter sur le reste. L'essentiel dont j'ai parlé tout à l'heure.
Quoi d'autre? En fait rien, je dirai que souvent ce qui me vexe à pousser quelques caractères sur la toile ce sont les quantités non négligeables d'inepties qui troublent mes parages. Leur détestation. Des bousculades à l'entrée du bus jusqu'à des choses plus graves. J'insiste tout de même pour les fraudeurs en fringue de luxe qui vouent un culte à leur médiocrité plutôt qu'au collectif.
Les gens désolés par exemple, ceux qui s'enorgueillissent des sirènes de la consternation. La résignation, le mépris. Ou alors quand on fait semblant de s'intéresser à ce qu'on fait par ce qu'on dit. La médiocrité des pensées façon Perroquet, pré-mâchées par d'autres, préconçues par soi et mal digérés dans leur ensemble. C'est bien dans ces moments qu'on s'autorise à parler avant de penser plutôt que s'autoriser à se taire. Il y a aussi l'inutilité bien trop flagrante de l'emploi sur la fonction, le métier. S'échiner à en trouver dans la rencontre avec des cases trop étroites. La psychanalyse sur papier glacé qui fait indirectement de la publicité pour les astrologues et autres grands gourous. La visibilité médiatique par trop trompeuse.
Et en vrac... Les écolos tartuffes, les gauchos mégalos, les pensées fourre-et-bouche-trou, les micros blogs qui répandent de macros conneries, les profs qui rechignent à rester le soir pour inculquer à d'autres gosses le plaisir de savoir. C'est ça qu'être à 35€ de l'heure près. Comme les langues enseignées comme si l'on jetait du fumier sur les élèves... ça pousse tout seul. Apprendre à grandir c'est comprendre que d'autres signifiants élargissent le champ de la conscience... Et plus pragmatique, ça permet surtout de s'éloigner, par glissements successifs. Je parle donc je suis partout.
Les rituels de passage qu'infligent les plus érudits aux initiants, bêtes et béats. A force de tremper dans l'ignorance, on finit par s'en persuader. On entre dans la danse dans ce qu'ils s'imaginent grandiose. Mais la supériorité c'est creux et contextuel. Dans cette absurdité, ce sont des fonctionnements qui fabriquent des robots ou pire des bourreaux. On recommence en boucle, pour la génération suivante.
Bien sûr, les réponses factices aussi agacent. La fausse gravité du "ça va". Oui,mais "ça" ne change rien. Comme les formats weblogosphériques qui se prêtent mal aux nuances et aux descriptions. Quoique j'en aurai bien une pour l'inter compréhension.
Un bistrot à Montreuil, du style à accueillir Jérôme Deschamps les midi. C'est une soirée conte arabe traditionnel, genre mixité ethnique et sociale. Les grands projets. Je repère un couple assis à une table. L'homme se lève au bar pour commander, il ne revient pas. Je l'entends raconter à un ami sa manière de tromper discrètement sa femme. Celle-ci s'invite dans la conversation, mais elle prétexte seulement l'ennui d'être seule quand elle pensait être venue à deux. C'est cela l'enfer du minable des choses. Elle s'en va grincheuse avant de se rabibocher autour d'une bière et d'un clope. L'amour est en devanture de l'horreur, comme pour la roulette d'un magasin ambulant. Vitrine sur misère.
Alors il reste les digressions et le cynisme. D'ailleurs il serait peut-être temps de passer de l'autre côté du miroir pour écrire vraiment. Car à l'inconsistance, on répond souvent masqué, affublé d'une tonne de conformité, comme s'il fallait multiplier le rien par tout un chacun et se ressembler les uns les autres. On ferait tous pareil, on penserait tous comme il faut. C'est une espèce de renoncement, et davantage le contraire de la tristesse.
Bref, le discrédit de la pensée, des connaissances et leur contenant. Tout cela entraine morosité et inutilité, facticité de l'existence. On reste par adhésion systématique à la surface des choses, ôtant la sensibilité qui devrait être son relief. Alors on démissionne à la hâte, façon adolescent égaré, sans prendre la peine d'écrire correctement, droit au but, la contrainte moins le soin qui caractérise parfois le désespoir.
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