L'intérêt majeur du domaine de Lacroix-Laval se situe dans sa valeur implicite de communication ou de rencontre. Pour ma part, j'y croise en semaine des inactifs de mon espèce ou de diverses
autres venant la plupart s'y promener, certains s'y prélasser dans l'herbe jaunie par la chaleur de ses échanges avec l'humanité, des landaus, des vieillards se confrontent aux hautes
températures, des coureurs avertis ou débutants tournent et détournent tout comme moi. Nous avons cette particularité d'être les éléments les plus rapides de l'endroit - plus rapides que le petit
train ou les calêches - et nous sommes observés ou le croyons, d'ailleurs tout ce narcissisme craint volontier. Les microcosmes sont effrayants car les possibilités de fuite sont moins
nombreuses que dans l'espace réel. Peut-être que finalement je cours pour m'échapper. Parenthèse pour le dimanche qui transforme toute personne ou presque en visiteur ou explorateur potentiel du
parc, ce qui engendre des séances de slalom entre mannequins mobiles et leurs animaux ou enfants, ce qui s'avère complétement différent des autres jours.
J'aurais le temps de réfléchir à ce tas d'inepties scabreuses sans aucun sens quand j'irais la semaine prochaine, lundi, me baigner dans l'océan Atlantique, c'est tout de même l'avantage de
ladite inactivité. Le plaisir de ne rien faire ou le besoin de faire.
Mais avant toute chose, il nous faudra voter pour notre belle Europe, sujet que j'aurai pu développer avant le thème des parcs de loisir (l'égalité du désinvestissement globalisé
m'émeut). Enfin quand j'écris qu'il faudra, c'est un abus de langage car vote qui veut, enfin les citoyens, les bons, ceux qui usent de leurs droits et devoirs. Un jour viendra où l'absence de
son utilisation deviendra payante (comme en Belgique). En fait, je ne suis pas persuadé que cette parodie de démocratie s'avère payante ou du moins sensée. Je prônerai plus à l'inverse la mise en
place d'une autorisation de vote, d'un permis pour ceux qui se soucient réellement de par leur curiosité et/ou leur connaissance en la matière ; sorte d'aristocratie du mérite très
anti-démocratique, voulue et assumée. Je pense que ça pourrait être très drôle. J'attends finalement ça autant que le référendum sur l'entrée de la Turquie dans l'Europe (pour qu'enfin
ressorte toutes les vieilles rancoeurs dénuées de sens et emplies de xénophobie déguisée en théorie géographiste) et puis peut-être l'instauration des suppressions de salaire en cas d'absentéisme
des députés pour lesquels nous votons. Un jour, peut-être, avec un brin d'exigence pour ceux qui nous dédaignent et pensent nous contrôler.
Mercredi 11 mars 2009, il est 12h15 quand une avalanche se produit au dessus du
télésiège des inversins. L'alerte est donnée par l'un des miraculés parvenu jusqu'à Valmeinier. A 12h50 j'apprends la nouvelle à peu près en même temps que toute la station. Au départ j'ai cru
que la coulée avait dévalé jusqu'aux pistes. En réalité c'était 300m de dénivelé plus haut, en direction du col des marches. On raconte qu'ils sont 7 bloqués dessous.
Très vite c'est l'ébullition, les hélicoptères tournent tout autour de la station, moniteurs, pisteurs et personnel des rémontés sont appelés pour préter main forte. Les camions de
pompier et véhicules de gendarmerie n'arrêtent pas d'affluer. Finalement c'est une caravane humaine qui part à leur rescousse, l'endroit étant inaccessible par hélicoptère, les nuages sont épais.
A 16h15, les secours arrivent enfin sur place pour tenter de les retrouver, les randonneurs étant tous équipés d'ARVA c'est chose possible. Mais malgré leurs efforts, quatre
personnes sont mortes dont le guide.
"Et soudain les vacances de février sont arrivéés et tout a fichu le camp". Cela
pourrait exprimer les dernières pensées d'un travailleur saisonnier avant que la balle de son 44 magnum ne le transperce de part en part.
